George « Sparks » Shaker

George Shaker est président de la Canadian Merchant Navy Prisoner of War Association. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il servit dans la marine marchande du Canada avec quelque 7 700 de ses confrères qui essuyèrent le feu des U-boats et firent face à d'autres menaces des Nazis. Près de 1 200 hommes périrent, et environ 220 furent capturés.

Le 22 février 1941, lors de son premier voyage, George Shaker, alors âgé de 21 ans, était opérateur de radio sur le paquebot A.D. Huff. Le Huff pouvait compter sur un équipage de 42 hommes. Il se trouvait à 800 km de Cape Race, à Terre-Neuve après avoir déchargé, en Angleterre, une cargaison de fer industriel et de papier journal. L'organisation des convois n'étant pas encore au point, le Huff naviguait seul lorsqu'un hydravion apparut soudainement et largua un message de la part du navire de guerre allemand Gneisenau, un point minuscule à l'horizon, ordonnant à l'équipage de se rendre.

Le capitaine tenta de dépasser le navire allemand, mais en vain. Le Huff filait à sa vitesse maximale de neuf noeuds tandis que le Gneisenau en faisait 32. La poursuite fut de courte durée. Un signal fut envoyé pour annoncer l'attaque du navire par les Allemands pendant que des obus s'abattaient sur le Huff. La chambre des moteurs fut touchée et deux hommes furent tués. Une autre vague de bombardements frappa la salle des radios. Au même moment, George Shaker, surnommé « Sparks » par ses confrères, sauta par-dessus bord avec le capitaine pour aller rejoindre le reste de l'équipage dans les eaux glaciales de l'Atlantique.

Le Gneisenau les ramena à son bord pendant que le Huff sombrait dans les abîmes de l'océan. (« Nous avons eu de la chance, affirma Shaker à voix basse, confortablement installé. On ne venait pas vous repêcher quand votre sous-marin avait coulé ».) Tout à coup, Sparks entendit un Allemand lui dire : « For you, ze var iss over » [Pour vous, la guerre est terminée]. Du vrai cinéma.

Pendant que George essaya d'envoyer un signal de détresse, l'opérateur de radio allemand entreprit de taper en même temps « bon anniversaire » en espagnol afin de brouiller le message de George; la tactique semble avoir fonctionné.

Quand George et ses confrères arrivèrent en juin au camp d'emprisonnement, près de Bremen, en Allemagne, aucun de leurs proches ne savait où ils se trouvaient. Sparks fit la une du Toronto Telegram car, à ce moment-là, parler des prisonniers de guerre était encore une nouveauté.

Au camp, George vit un commandant prendre son revolver et abattre un prisonnier de guerre qui venait d'écraser sa cigarette devant lui. Les seuls renseignements que George fournit à la Gestapo furent son nom, son rang et son numéro de série. Aux hauts-parleurs, on entendit que le NSM Hood fut coulé et que les forces allemandes approchaient de Winnipeg.

Le moral tomba. George et ses confrères furent ceux qui ont été emprisonnés le plus longtemps – ils arrivèrent avant même que les Allemands ne capturent des soldats.

Dans les camps de Stalag 10-B, de Marlag et de Milag Nord, Sparks fut contraint à un régime de soupe au navet. En 1 528 jours (quatre ans) d'emprisonnement, son poids passa de 155 livres à 113 livres. « Ah! De la soupe au navet et de la choucroute! Grand merci à la Croix rouge pour ses 5 kg de petites gâteries : des saucissons, des galettes et des cigarettes ». Pour passer le temps, les prisonniers de guerre soutiraient des pièces de radio, que Sparks défaisaient et cachaient dans des paquets de cigarettes Winchester. Ingénieux, ils parvinrent à entendre la British Broadcasting Corporation annoncer que le Bismark avait été coulé. Le moral des troupes remonta.

Voilà quatre ans et deux mois que Sparks est emprisonné lorsque les cornemuseurs de la 2e Armée britannique s'amenèrent au camp en jouant la plus belle mélodie que Sparks ait entendue depuis longtemps.

George finit par rentrer au Canada; il se maria et éleva trois enfants pendant qu'il travaillait dans une usine de fabrication de vêtements. Durant ses temps libres, George prit part au mouvement de la marine marchande des anciens combattants.

George « Sparks » Shaker frissonne encore, parfois dans son sommeil, et même en été. Tomber dans les eaux hostiles de l'Atlantique Nord, en plein mois de février, a de quoi refroidir les ardeurs.

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