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Pour s'évader, il troque son identité

René Ulric est un ancien combattant de 81 ans qui a connu l'affreux raid sur Dieppe. Son histoire est digne d'un long métrage.

« Nous avons atterri à 7 h 30 et j'ai dû me rendre cet après-midi-là dans la ville. » Voilà ce qu'Ulric a raconté à la cérémonie du Souvenir de lundi, tenue au sommet du mont Royal, où d'autres anciens combattants étaient venus se ressembler. « Quand les Allemands nous ont fait prisonniers, j'ai troqué mon identité pour celle d'un type polonais d'un autre régiment. Il était Juif et il croyait que les Allemands allaient l'abattre. »

C'est ainsi qu'Ulric, soldat des Fusiliers de Mont Royal, est devenu Herbert Dumbrowsky, un Juif polonais de l'Armée britannique. Ses compagnons d'armes le croyaient fou, mais Ulric voyait dans ce geste un moyen de s'évader.

« Difficile de s'enfuir quand on est emprisonné dans un camp, a-t-il dit. En changeant de nom, je pensais avoir la chance de m'évader. » Ulric s'est vu assigner des travaux avec tous les autres prisonniers juifs. « La plupart d'entre eux étaient des soldats britanniques sortis de la Palestine. Ils étaient protégés par la Convention de Genève; alors les Allemands ne nous ont pas abattus. Au lieu, ils nous ont fait travailler. »

La femme d'Ulric a vite compris qui était le vrai Herbert Dumbrowsky.

« Elle avait lu quelque part (en français) comment ce dénommé Dumbrowsky allait « sauter la clôture », de dire Ulric. C'est ainsi qu'elle a appris que c'était moi qui allais tenter de m'évader.» On envoyait les prisonniers travailler dans une mine de charbon à la frontière germano-polonaise. « On travaillait 3 000 pieds sous terre. Nous percions des trous, posions des explosifs et transportions du charbon dans de petits wagons jusqu'au sommet de la mine. »

Ulric a tenté de s'évader à trois reprises. Il volait les vêtements de travail de ses confrères et essayait de se fondre dans les foules avec d'autres travailleurs.

« Je me faisais attraper parce que mes papiers n'étaient pas bons, que je parlais mal l'allemand ou parce que j'avais l'air... d'un soldat canadien français qui essayait de s'échapper », a-t-il raconté. Il a vraiment eu peur. « Ils m'attrapaient pensant que j'étais Juif et que je m'étais évadé; il aurait été beaucoup plus facile pour eux de me tuer pendant mes tentatives d'évasion plutôt que de se donner la peine de me ramener. »

Il se souvient avoir marché les mains en l'air, talonné par un soldat. Il s'attendait à entendre le « clic » du barillet ou celui du levier de sûreté. Pour des raisons évidentes, Ulric raconte que les douches étaient des endroits risqués pour lui.

« Si les Allemands m'avaient vu nu, ils auraient su que je n'étais pas kosher. » Les prisonniers croyaient qu'Ulric, par pudeur, n'aimait pas prendre sa douche avec tout le monde.

Un matin, les gardes étaient partis et les chars de Patton étaient là.

« Au début, les Américains voulaient me rendre aux Russes; mais après quelque temps, ils ont fini par me croire. Il leur a fallu deux heures pour confirmer mon identité, après quoi ils m'ont libéré. »

Herbert Dumbrowsky a aussi survécu à la guerre.

Il est retourné là où allait naître l'État d'Israël. La dernière fois que l'on a entendu parler de lui, il vivait à Haïfa. Ulric lui a écrit à trois reprises, mais Dumbrowsky ne lui a jamais répondu.

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