Aveuglé

Des héros se racontent

Transcription
On s'en revenait de l'Angleterre pour un autre refit. Et puis on était à peu près entre 300 et 400 milles de Halifax. Un matin, je me suis levé. Mon capitaine était un diabétique puis il était pas capable se donner l'insuline, c'est drôle. Fait que moi, fallait, c'était ma job. Il y avait pas de docteur, juste moi sur le bateau qui connaissait la médecine un peu. Il fallait que j'aille y donner sa piqure d'insuline. Là j'y donnais sa piqure d'insuline, puis une fois que tu donnes ça, il faut qu'il mange tout de suite. Fait que j'y donne, il avait ça, puis moi je m'avais emmené une tasse de café puis on sortait sur le pont, juste sur le bord du pont là, il y avait une place que t'étais capable de marcher là. Et puis là, on était là puis là je fumais une cigarette puis je prenais ma tasse de café. Il arrive, il me dit, il m'appelait Tiffy. Il dit : « Il fait beau ! » J'ai dit : « Oui. La mer est calme comme le câline. » Bon, on s'en venait tout seul, pas d'autres bateaux alentour. Fait qu'il me passe ses longues-vues, puis il dit : « Regarde. » Il dit : « Regarde comment c'est calme. » Il dit : « Tu vois pas ça souvent que c'est calme de même à ce temps-ci de l'année. » Fait que j'ai pris ses longues-vues puis j'ai commencé à regarder en travers des longues-vues. Tout d'un coup, pow! « Ah ben torrieux! » Mon bateau a été torpillé. Ça veut dire que ses engins étaient arrêtés complètement puis il nous a vu venir de loin et il nous attendait comme un bon petit poisson là, bien proche de sa ligne. Ce qui est arrivé, quand que ça a frappé, ça a faite un Moses de gros flash. Ça a passé devant les longues-vues, puis ça a rentré dans les longues-vues puis ça m'a brûlé les artères puis les veines dans le fond des yeux. J'ai perdu mon doigt là puis j'avais sapré le camp à l'eau. Je portais ma ceinture de sauvetage. Puis les autres gars sur le bateau, ils me disaient : « Hey Tiffy, Tiffy! T'en vas-tu te baigner, t'as ta ceinture de sauvetage? » Je me promenais toujours avec. C'est ça qui m'a sauvé la vie. Puis les autres ont descendu avec le bateau. Je suis le seul survivant.
Description

Le 28 novembre 1944, le jour de sa fête, M. Gagné devient aveugle. Il nous raconte les circonstances de cet accident.

Nova Alfred Gagné

La fibre militaire semble être dans la famille Gagné. Le père de M. Gagné était vétéran de la Première Guerre mondiale, tandis que lui et la majorité des ses nombreux frères prennent part à la Seconde Guerre mondiale, et même à la Guerre de Corée. Une fois enrôlé, il se retrouve à St. John’s, Terre-Neuve, afin de faire son apprentissage d’adjoint médical des Forces navales. La corvette à bord de laquelle il sert, forme et protège des convois marchands, lutte contre les U-Boots allemands, prend part au jour J et traverse maintes fois l’Océan atlantique avant d’être coulée le 28 novembre 1944, jour de la fête de M. Gagné. Aveuglé lors de ce torpillage, ce sera pour lui la fin de ses rêves de chirurgien ainsi que de sa carrière militaire.

Catégories
Médium :
Vidéo
Propriétaire :
Anciens Combattants Canada
Durée :
3:00
Personne interviewée :
Nova Alfred Gagné
Guerre ou mission :
Seconde Guerre mondiale
Branche :
Marine
Occupation :
Medical Assistant

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