Lors d’un voyage en France avec la Great War Veterans Association au début des années 1920, Gerald Joseph Whitty a visité les monuments commémoratifs érigés pour honorer ceux qui ont combattu et ceux qui ont perdu la vie à la bataille de Beaumont-Hamel.

Vétéran du Royal Newfoundland Regiment, M. Whitty a servi à Gallipoli en 1915, mais peu après, il a contracté la fièvre typhoïde. Ses demandes de retourner au front avant le début de la bataille de la Somme ont été refusées en raison de son état de santé. Il n’était pas présent le 1er juillet 1916, lorsque le régiment s’est avancé vers le « no man’s land » à Beaumont-Hamel dans l’un des événements les plus dévastateurs de l’histoire moderne de Terre-Neuve-et-Labrador.
Lorsque sa santé s’est améliorée, M. Whitty a reçu la Croix militaire pour sa bravoure à Cambrai. Après la guerre, il est resté dévoué à ses camarades soldats et a travaillé avec l’association des vétérans pour améliorer les pensions des vétérans.
Il a également joué un rôle majeur dans la création du Monument commémoratif national de guerre de Terre‑Neuve situé sur la rue Duckworth à St. John’s. Mais lors de son voyage à Beaumont-Hamel au début des années 1920, il a apporté une autre contribution importante à la façon dont nous commémorons les disparus.
Il a posé pour une photo.
Cette photographie a permis aux ingénieurs de l’Université Memorial de créer une réplique du symbole le plus puissant de la bataille de Beaumont-Hamel.
L’arbre du danger
Avant de commencer leur avancée, le premier jour de la bataille de la Somme, les soldats du Newfoundland Regiment ont remarqué un arbre solitaire encore debout dans le « no man’s land ». Ils l’ont appelé l’arbre du danger.
C’était à la fois un point de repère qu’ils pouvaient utiliser pour se diriger et un avertissement. Les tirs ennemis se concentraient particulièrement à proximité de l’arbre.
Lorsque l’ordre a été donné à 9 h 15 le matin du 1er juillet, les soldats du régiment ont quitté la tranchée qu’ils avaient surnommée St. John’s Road et ont commencé leur avancée vers le « no man’s land ». Chaque homme portait plus de 60 livres d’équipement. Ils devaient d’abord franchir 200 mètres de tranchées alliées pour atteindre la ligne de front, puis poursuivre encore plus loin, jusqu’à l’arbre du danger.
Pris dans un assaut implacable d’artillerie et de tirs de mitrailleuses, les soldats du régiment, comme l’a noté un observateur, rentraient le menton dans les épaules, comme s’ils avançaient au cœur d’une tempête de neige.
Le régiment a perdu 90 % de ses soldats en moins d’une heure. Les derniers d’entre eux sont tombés près de l’arbre du danger.
Cet arbre représente le point culminant de l’avancée du régiment à Beaumont-Hamel. Et pour les Terre-Neuviens et les Labradoriens, cela revêt un symbolisme difficile à décrire. Un mélange de fierté culturelle, de courage reconnu et de tristesse incommensurable.
Recréer l’arbre du danger
Sans qu’on ne sache trop comment, malgré le déluge de tirs qu’il a subi, l’arbre du danger est resté debout pendant des années après la bataille. Mais lui aussi a été une victime de la guerre : il a fini par se détériorer et a dû être remplacé. Il l’a été plusieurs fois au cours des 100 dernières années. Et si ces remplacements ont préservé l’importance symbolique de l’arbre, ils n’en ont pas restitué l’apparence d’origine.
Pendant des années, Anciens Combattants Canada a cherché une solution à ce problème. En collaborant avec l’Université Memorial de Terre-Neuve pour trouver des façons de souligner le 100e anniversaire de l’université en tant que mémorial vivant et de commémorer le 110e anniversaire à venir des batailles de la Somme et de Beaumont-Hamel, le Ministère a demandé à l’université de mettre à profit son expertise en génie pour construire une réplique de l’arbre du danger, destinée à être installée de façon permanente au Mémorial terre-neuvien à Beaumont-Hamel en France.
« Sachant l’importance de l’arbre du danger, je suis fier d’y contribuer. »
Chris Ryan, machiniste, département des services techniques, Université Memorial de Terre-Neuve
Il existe plusieurs photographies d’archives confirmées de l’arbre du danger d’origine. Toutefois, une seule, à notre connaissance, montre des personnes.
Les personnes sont importantes parce qu’elles fournissent une référence pour déterminer la taille et les dimensions de l’arbre du danger.
Sur cette photographie, Gerald Whitty se tient dans un costume trois pièces, appuyé contre l’arbre du danger et tenant l’une de ses branches dans sa main gauche. Cela ressemble presque à un moment d’étreinte entre l’homme et l’arbre qui marque l’endroit où tant d’hommes qu’il connaissait étaient tombés.
Grâce à la photographie de M. Whitty, il a été possible de modéliser une réplique historiquement plus précise de l’arbre du danger.
Aujourd’hui, en 2026, le département des services techniques de l’Université Memorial a recréé l’arbre du danger. Son directeur, Richard Meaney (B.Ing. 1987, M.Ing. 1992), supervisait l’équipe.
L’équipe des services techniques est connue pour transformer les idées en réalité. Ses membres construisent les pièces et les outils dont les chercheurs ont besoin sur le campus. Ils ont même construit des fusées pour des projets étudiants.
Regardez ci-dessous une vidéo de la fabrication de la réplique de l’arbre du danger par les services techniques et de son départ pour Beaumont-Hamel en France.
Mais M. Meaney dit que l’arbre du danger est différent.
« La plupart des formes avec lesquelles nous travaillons sont des formes techniques. Rectangles. Triangles. Courbes régulières. Il est possible d’écrire une équation pour les décrire. Donc, alors que nous utilisons bon nombre des mêmes outils, nous essayons maintenant de produire quelque chose de plus organique par sa nature. »
Faisant référence à l’importance historique de la réplique, il affirme : « J’espère qu’elle est suffisamment fidèle pour raviver le souvenir authentique de ce que ces jeunes Terre-Neuviens ont vécu il y a plus de 100 ans. »
Jason Stevens (B.Ing. 2012, M.Ing. 2013, MBA 2020), directeur de la division mécanique, a pris la photographie de M. Whitty et a transformé cette image bidimensionnelle en un modèle tridimensionnel à l’aide d’un logiciel de conception assistée par ordinateur.
Les données ont été envoyées à l’une des machines à commande numérique de l’atelier, où le matériau utilisé, une mousse de polyuréthane durable, a été usiné pour lui donner ces formes organiques.
En raison de la hauteur de l’arbre du danger, il a été construit en sections. Chris Ryan (B.Sc.2008) et Simon Ernst étaient les principaux machinistes qui ont travaillé sur la réplique. Ils ont empilé les morceaux de l’arbre une section à la fois, en utilisant des chevilles pour un placement précis et un époxy spécial pour le collage.

M. Ryan a une formation universitaire en histoire militaire et s’est particulièrement intéressé à la bataille de Beaumont-Hamel.
« J’ai entendu parler de cette histoire toute ma vie, dit-il. Sachant son importance, je suis fier d’y contribuer. »
Une fois le noyau solide terminé, il a été enveloppé dans de la fibre de verre. Et les artistes de The Rooms ont peint la structure, donnant vie aux derniers détails de l’arbre.

Voir ce qu’ils ont vu
Lorsque Gerald Whitty s’est rendu à Beaumont-Hamel, il a vu quelque chose de similaire à ce que ses compagnons d’armes avaient vu en ce jour fatidique de 1916 : un arbre, décimé, mais toujours debout.
Ce qu’il ne pouvait pas savoir à l’époque, c’est qu’en se tenant simplement à côté de l’arbre du danger lorsque l’obturateur s’est déclenché et que la photo a été prise, il a commencé une histoire dont le dénouement n’allait survenir que plus d’un siècle plus tard.
M. Whitty est décédé en 1924 après avoir été heurté par une voiture roulant à grande vitesse. Ses photographies, plus d’une centaine, ont été transmises à sa famille et soigneusement conservées. Elles ont finalement été confiées à la Division des archives provinciales de The Rooms, où l’image de l’arbre du danger a été identifiée, avant d’être transmise à l’équipe des services techniques de l’Université Memorial.
Et maintenant, nous pouvons à notre tour visiter le mémorial de Beaumont-Hamel et voir l’arbre du danger. Nous pouvons entrevoir ce que le régiment voyait lorsqu’il a répondu à l’appel et s’est avancé dans le « no man’s land », face aux plus grandes adversités.
Voyage vers la France
L’arbre du danger achevé a été remis à Anciens Combattants Canada en mai 2026. Les Forces armées canadiennes ont ensuite transporté le monument à travers l’Atlantique jusqu’au mémorial de Beaumont-Hamel, en France, où il a été dévoilé lors d’une cérémonie le 30 juin.


Aujourd’hui, la réplique de l’arbre du danger se dresse comme un hommage durable, garantissant que les vies perdues et les sacrifices consentis à Beaumont-Hamel, sur la Somme et durant la Première Guerre mondiale sont honorés et transmis à la mémoire des générations à venir.

La réplique de l’arbre du danger exposée au Mémorial terre-neuvien à Beaumont-Hamel en France.
Rédaction de l’article : James Langer, marketing et communications, Université Memorial de Terre-Neuve.
Lisez cette histoire et bien plus sur le site Web de l’Université Memorial (en anglais seulement).