Attention!
Cette vidéo contient des scènes au contenu graphique qui pourraient choquer, et est réservée à un auditoire averti.
Description
Après avoir servi un peu plus de deux ans sur quelques bateaux dans la mer des Caraïbes, M. Lemieux revient au Canada, s’inscrit au dépôt d’équipage Viger de Montréal et se retrouve rapidement dans le bassin de Bedford (Nouvelle-Écosse), à bord du navire marchand Bloomfield Park.
Roland Lemieux
Après avoir quitté son emploi à l’arsenal de Québec, M. Lemieux devient marin marchand à bord du vapeur Dundas; bateau de lac canadien arraisonné par le gouvernement pour l’effort de guerre. Il y fait le relais de marchandise entre les mines de bauxite des Guyanes et Trinidad et Tobago. Il passera dix mois mouvementés (noyade à peine évitée, torpillages ratés de peu, et cuites de marins) sur la mer des Caraïbes, entre l’Amérique du Sud et les Antilles. À Georgetown, en Guyana, il rencontre Papillon, l’évadé de l’île du diable connu pour son roman autobiographique, et propriétaire du Victory Café. Transféré à bord du pétrolier britannique SS San Gaspar, il se retrouve à Mobile en Alabama, où il prend un train vers Montréal. Dès son arrivée, M. Lemieux s’inscrit au dépôt d’effectifs Viger et se retrouve rapidement en formation de convoi, à bord du navire marchand Bloomfield Park, dans le bassin de Bedford en Nouvelle-Écosse. C’est le départ vers le Royaume-Uni, La Manche et la mer du Nord. À Newcastle upon Tyne, le Bloomfield Park est réquisitionné pour le débarquement. Ne voulant pas se rembarquer sur un navire à bord duquel il serait payer en Livres Sterling (de moindre valeur à l’époque), il attend un bon mois avant de pouvoir embarquer à bord du Queen Mary I, afin de revenir au Canada. M. Lemieux a servi à bord de sept navires marchands pendant ses trois années et demi de navigation de guerre.
Transcription
Lorsque le convoi a été formé, le lendemain on est parti, et puis on avait chacun nos positions.Tu sais comment ça marchait dans un convoi là, t’avais le commodore, le commodore là ça c’était le bateau marchand lui qui faisait le, qui… la navigation. Pis, après ça là, si j’étais à gauche du commodore moi là, là, ma seule chose que j’avais à faire c’était de me tenir en ligne avec, durant, à une certaine distance. Pis l’autre qui était à côté de nous autres, après nous autres. Fait qu’on s’en allait toutes comme ça. Pis l’autre bord là, c’était, à droite. La même chose, mais une autre aile. Pis celui qui était en arrière du commodore là, lui il gardait sa distance avec le commodore, pis les autres gardaient les distances avec celui qui était en arrière du commodore, pour garder l’ordre dans ça, dans le convoi.Les bateaux, les corvettes étaient sur le bord, les destroyers étaient en avant qui patrouillaient en arrière, et puis c’est comme ça qu’on s’en allait.Mais au large d’Islande, on a pogné une tempête. Quand je vous dis une tempête, là s’en était une vraie. Trois jours de temps pas de cook dans’cuisine. Y’était impossible de faire de cookery là, tu… le bateau prenait des bandes à peu près comme ça. Tu pouvais mettre un pied su’l mur pis un pied su’l plancher.Pour manger, ben on s’en allait dans’cuisine pis on se prenait un pain pis un pot de beurre de peanut, on se croisait les jambes comme ça, alentour du poteau de la table qui était vissé dans le plancher, pour pas se ramasser dans’murs.Pis là, lorsqu’on avait assez mangé, on réussissait à se rendre à notre poste de travail de peine et de misère.Fait que là, au bout de trois jours là, le temps s’est calmé, et puis on a continué vers l’Angleterre. Pis lorsqu’à peu près à une centaine de milles de l’Angleterre, les navettes anglaises sont venues à notre rencontre. Et puis y’avaient des ballons, des gros ballons là, soufflés au gaz, avec un wire après les navettes anglaises. Ils venaient nous porter ça à bord pis là, là, c’était à peu près deux-cents pieds au-dessus du bateau là. Toutes les bateaux avaient ces ballons-là au-dessus là.Ça c’était pour empêcher les avions allemands de voler bas, un low flying pour pouvoir avoir une cible plus, plus juste. Ça pouvait couper les ailes pis ça pouvait endommager l’hélice. Y’en avait d’ailleurs partout au-dessus de l’Angleterre.