Les temps durs

Warning!

This video is only available in French.

Warning!

This video contains graphic content that may offend some viewers. Viewer discretion is advised.

Video file

Description

M. Lafrance décrit qu’il est parfois difficile d’accepter la mort de camarades...

Transcript

Interviewer : Qu’est-ce qui a été le plus difficile du débarquement ? Il n’y a rien de pas difficile là-dedans. Tout est difficile. Rien, rien de pas difficile là-dedans. Rien de plus difficile que d’autre... rien de... Je pense que ce qui hante le plus... ouf... c’est de te demander d’abord pourquoi t’as passé au travers. Pourquoi toi... pourquoi moi et pas lui ? Ça c’est une grosse question. Énorme. Puis même... pas une question reposante. C’est pas reposant penser à ça. (Inaudible) paraître. Tu peux dire que tu es content d’avoir passé au travers. Oui tu peux être content mais demande toi comment ça se fait que t’as passé au travers. Pas facile. Pas facile. Il n’y a pas de réponse. C’est dure à prendre parce que tes chums qui sont tombés, tu les vois gratter, tu les vois mordre la poussière. Pourquoi lui et pas moi ? C’est ça qui est le plus dure, je pense. Au bout de la ligne, c’est ça qui est le plus dure. Quand tu penses par la suite... Pendant bien là tu es une sorte de robot, tu ne le sais pas. Dans les minutes et les instants que ça se passe, ouf, tu ne te rappelles pas de la moitié de ça. Mais quand que tu penses par la suite là. C’est ça le plus dur. Ouais. Voir ces pauvres diables mais tu ne peux pas les aider. Tu peux pas. Pas question. C’est ça le plus dur, pour moi toujours.Interviewer : Ça a duré longtemps ? Sur la plage, ça a duré longtemps ? Bien... des jours... la notion du temps là. Sur la plage même... on est sorti de la plage le lendemain. Je parle de la plage, la plage immédiate là. J’ai tout oublié ça. Interviewer : Étiez-vous fier de sortir de là ? Dans le moment, non, on y pense pas. On est fier d’être encore là. Comment ça se fait ? Tu as pas le temps d’y penser non plus. Dans le moment c’est... c’est indescriptible, même ce que tu peux penser est indescriptible. Tu ne le sais pas ce que tu peux penser. T’es tellement content que t’es... Tu sais, tu vois l’autre à terre, tu dis « Regarde donc, il est parti lui. Sont partis ceux-là. » pas lui parce que tu n’en vois jamais rien que un. T’en vois des... Comment ça se fait que je ne suis pas là moi ? Je suis bien content de ne pas être là. Est-ce que ça va être moi tout à l’heure ? Comment qu’il me reste de temps encore moi là ? Il me reste cinq minutes, deux minutes, une minute ? C’est tout de suite là ? Ça va tu être demain ? Ça va être quand ? Ça fait quatre, cinq ans que tu te dis que t’es rien que de la (inaudible) canonball flesh, hein ? Tu sais. Le canonball flesh, bien, ça va arriver un jour. Quand ça t’as pas arrivé, bien... tu te sens bien proche coupable que ça t’ais pas arrivé. Ça devient une sorte de culpabilité. C’est... hein ? Comment ça se fait ? C’est-tu parce que j’ai été trop peureux et je me suis allé cacher avec les autres ? C’est-tu parce que... Je ne sais pas. Je ne sais pas. C’est-tu parce que j’ai eu plus peur que les autres que je me cachais mieux ? Ça se peut. Ça se peut. Possible. Fort possible. Je me considère pas comme un héros pas en toute. Parce que peur, j’ai eu peur.L’expression ‘chier dans tes culottes’ là... c’est vrai. Quelqu’un qui me dit qu’il n’a pas chié dans ses culottes là... c’est parce qu’il n’y a pas été. C’est pas mêlant. Quelqu’un qui me dirait qu’il n’a pas eu peur, moi c’est parce qu’il n’y a pas été. Tout simplement. (Inaudible) T’as pas eu peur parce que t’étais pas là. C’est bien simple.

Meta Data