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Description
Affecté au poste d’observation no 8, M. Brunet nous raconte son séjour de quelques semaines sur le mont Victoria.
Transcript
On se faisait bombarder jour, le jour comme la nuit par l’artillerie… par, de Kowloon qui pouvait bombarder notre place. Pis ils savaient qu’y’avait de l’artillerie… ils savaient que notre artillerie les bombardait. Ils savaient d’où ça venait. Donc ils s’étaient faite… non seulement il s’étaient faite voir par leurs avions qui pouvaient voler au-dessus de Hong Kong à volonté… On n’avait aucun avion pour nous défendre, on n’avait pas de bateau de guerre, y’avait rien de ça.Mais y’ont labouré notre place ! Là fallait se cacher là. On se serait fait tuer tout de suite. Parce que là ils labouraient… comme notre route était plus passable. Y’essayaient donc de l’avoir, pis ils voulaient avoir l’antenne non plus sur le sommet de, de la montagne. C’était l’antenne des radios qu’y’essayaient de… y’avait trois, quatre tours, mais y’ont jamais été capable de le frapper ce sommet là. Ils se sont essayer longtemps.Vers le 22 décembre, là y’a eu un gros bombardement de notre place. Nous autres on s’est en allé dans la cave, mais les officiers ont pas voulu venir. Là les Japonais y’ont frappé à peu près… oh je dirais… oh trois, quatre cents verges de chez nous, une bâtisse, un entrepôt qui avait toute la munition dedans, les balles, les obus, toute ça. Là y’ont frappé ça. Là ç’a commencé à péter d’un bord et de l’autre ça comme une vraie mitrailleuse. Patak ! Patow ! Petik ! Petaf ! Pareille comme une mitrailleuse. Les balles revolaient tout partout.Le colonel Hennessy lui s’est en… ils bombardaient comme… il dit : « En haut, je veux voir si c’est des mitrailleuses ça, si les Japonais sont alentour de nous autres. » Y’a monté sur la couverture, y’a pris ses longues-vues, y’a regardé tout partout. Lui, il s’est faite certainement spotter d’en bas par les Japonais. Ils l’ont vu tout de suite sur la bâtisse en haut. Trois minutes après y’ont bombardé notre maison. Là Clark, il dit : « Faut j’aille faire un tour. M’a aller faire un tour en haut voir qu’est-ce qu’ils font. Y’ont pas descendu pendant le bombardement. » Y’a été voir. Y’est venu en bas, y’est venu toute chercher les gars. « Venez icitte ! Aye, le capitaine, le colonel Hennessy y’a été blessé ! » On arrive là, le colonel Hennessy y’avait la jambe, une jambe complètement coupée, l’autre à pendait seulement par de la chair. Pis là on savait pas quoi faire, on savait pas quoi faire. Le capitaine Davis, on l’a cherché, y’était enterré par du mortier, du plâtre, y’était toute gris. Son revolver avait plié en deux. Ses souliers avaient, y’avaient revolé dans les airs tout partout. Y’est mort par la, par les… le déplacement d’air que les obus ont faites.Là on a pris. On a trouvé une vieille porte qui avait été arrachée par le bombardement, on a mis le colonel Hennessy dessus pis on l’a emmené en bas. Pis tout le temps, pauvre colonel Hennessy, qu’y’était couché sur c’te porte-là, il disait en anglais : « Lift my legs. Lift my legs. » C’était sa voix ça, c’était pas plus fort que ça. Clark, qui avait de l’expérience, y’avait quarante ans dans ce temps-là, il dit : « Mettez-y… on peu avec des chemises, on fait des tourniquets alentour de ses jambes. » L’autre jambe était en haut encore, l’autre y pendait. Y’en a un qui a été chercher un docteur qui était à peu près ça, deux, trois cents verges. La route avait été bombardée. Il pouvait pas passer. Fallait qu’il marche tout partout sur le terrain. La route était toute labourée de, d’obus. Pis eux autres… y’a arrivé lui, c’était un docteur portugais. Y’avait oublié d’apporter sa morphine dans son excitation. Pas de morphine. La première chose qu’il nous dit, il nous dit à nous autres : « Enlevez-y ça ces tourniquets-là ! » Pour que là le sang s’est mis à couler encore. Pis là on l’a placé sur la civière le mieux qu’on a pu. Pis là, le pauvre, le colonel Hennessy y’a saigné à mort en s’en allant. Y’est mort en s’en allant. Y’est même pas… y’est arrivé à l’hôpital y’était mort.On l’a enterré le même soir. Ça c’est… c’est pas nous autres qui a creusé le trou. Juste en face de Mount Austin Barracks. Mais c’est nous autres qui l’a enterré. On était seulement onze. On l’a mis dans une couverte. On le tenait à chaque bout avec une couverte, mais on faisait comme un… On l’a emmené là-bas pis l’officier anglais y’a récité une prière. On, s’est nous autres qui a mis la terre par-dessus. La fosse était pas creuse, à peu près peut-être vingt pouces de creux, vingt-quatre pouces dans le plus.Ça nous a faite peur. C’était une expérience épouvantable pour un jeune homme das ce temps-là là. Ça fait… c’était pas… ça faisait mal au cœur.