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Description
M. Aubé décrit la journée du 15 juillet 2009, où il son unité participait au nettoyage des environs du village de Nakonay. Il parle du décès de son compagnon d’armes Sébastien Courcy, ainsi que de l’explosion qui lui a presque coûté la vie le lendemain.
Transcript
Intervieweur : Est-ce que c’est OK de décrire un petit peu qu’est-ce qui est arrivé à vous?
Oui, nous dans le fond, c’était un contexte de mission héliportée qu’on allait faire dans un village de Nakonay. Les élections en aout s’en venaient à Kandahar City. Le but de l’opération était de « clairer » autour, certaines poches de résistance qu’ils croyaient insurgées. On est arrivés là dans le village de Nakonay le 15 juillet au matin à la première lueur. On a commencé, dans le fond, le nettoyage du village, on avait des couloirs de 100 mètres par, je pense, 2 kilomètres, environ. Chaque compagnie avait son couloir, chaque peloton. On a trouvé, la première journée, beaucoup de caches d’armes. On a trouvé des explosifs, des composants de bombes improvisées. On s’est fait engager. Donc on voyait que la place était pas sécuritaire. Ça faisait longtemps que Nakonay avait pas été occupée par nous, dans le fond, pas patrouillée ou quoi que ce soit. Le soir du 15 juillet, il y a une explosion dans les montagnes, c’était Sébastien Courcy qu’on venait de perdre, un gars de la reconnaissance. Il a marché sur un explosif improvisé. Le matin du 16 juillet, le premier « compound », c’est une enceinte, dans le fond, en Afghanistan, une enceinte avec des « mud walls », des murs de terre battue, et à l’intérieur de ça il y a des bâtiments, des petites maisons en terre battue. On rentrait là-dedans aux premières lueurs, c’était notre premier objectif, on s’est rapidement rendu compte que c’était louche. Il y avait un feu qui brulait encore, il n’y avait plus personne dedans. Mais on a trouvé des culottes pleines de sang. On s’était fait engager la veille de cette position là, donc on avait riposté, puis on s’est fait observer toute la nuit de là. Il y avait beaucoup d’activité dans ce « compound » là. Le lendemain matin, quand on est entrés, on a trouvé plein de composants d’explosifs, de composants de bombes aussi. Au début, je pensais avoir trouvé, peut-être, une fabrique de bombes improvisées. J’ai demandé aux gars de sortir, par la suite j’ai continué à investiguer par moi-même. J’avais des chiens avec moi, j’avais une unité canine qui sentait l’explosif. Lui, le chien, il s’assoyait quand il le sentait, mais l’endroit était contaminé, il y en avait partout. Le chien s’assoyait tout le temps, il était inutile. Mon détecteur de mines sonnait partout, il y avait plein de douilles, ça aussi c’était inutile. J’ai continué ma recherche, dans le fond, ma « search », par moi-même. En faisant les procédures, j’ai mis le pied sur un engin explosif improvisé. Rapidement, ça s’est passé vite, ce qui s’est passé, c’est que ça a sauté, j’ai pas réalisé sur le coup ce qui se passait. C’est devenu noir, mes oreilles sillaient. Ça a comme tombé au ralenti, mon cerveau est comme tombé au ralenti. Je me suis senti monter, j’ai entendu ma tête taper dans le plafond, mon cou craquer. Là, j’ai réalisé, je viens de sauter, je viens de me casser le cou. J’ai retombé à terre. La douleur a commencé. Mon artère fémorale était coupée, je m’entendais me vider. Il y avait un petit mur en avant de moi, le jet de mon sang, dans le fond, de mon artère tapait dans le mur. À tous les battements de cœur, je m’entendais me vider. Je me suis dit il faut que je me calme, je suis en train de mourir, je suis en train de me vider. Ça peut paraitre un peu bizarre, je ne me suis pas senti tout seul dans cette pièce-là. J’étais comme, et je le sais, je le sais c’est qui, je le sais que c’était mon oncle qui était là. C’est un peu ésotérique comme expérience, mais je pense que c’était pas loin de la mort. Il a réussi à me calmer, il m’a dit, en gros, il m’a dit que si je mourrais, c’était correct. Si je survivais, j’allais être en mesure de « dealer » avec ça. Il a réussi à me calmer. Par la suite, les saignements ont pratiquement cessé, et les gars sont venus me chercher. Ils m’ont traité et j’ai été évacué.