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Données probantes concernant les pratiques exemplaires en matière de gestion de l’invalidité

Sommaire

Citation: Thompson JM, MacLean MB. Données probantes concernant les pratiques exemplaires en matière de gestion de l’invalidité (Sommaire). Rapport technique de la direction de la recherche. Anciens Combattants Canada. Charlottetown. 27 juillet 2009;8 p.

Cat No. (papier) : V32-218/1-2009F
ISBM (papier) : 978-1-100-95557-5

Cat No. (PDF) : V32-218/1-2009F-PDF
ISBN (PDF) : 978-1-100-95558-2

Introduction:

  1. Les invalidités associées à des problèmes de santé physique ou mentale peuvent être considérées comme universelles et ayant des répercussions importantes sur les personnes, les familles et la société. Bon nombre de vétérans, de même que leurs familles et leurs dispensateurs de soins, sont touchés par des invalidités acquises dans le cadre du service militaire.
  2. Anciens Combattants Canada (ACC) et les Forces canadiennes (FC) examinent conjointement les diverses options qui permettraient d’assurer les meilleurs services et avantages possibles aux militaires et aux vétérans des FC en voie d’être libérés pour raisons médicales qui doivent apprendre à vivre avec une invalidité de longue durée. Le projet de transition et d’harmonisation ACC — AIP FC a nécessité de réaliser un examen rapide des données probantes publiées sur la gestion à long terme de l’invalidité, en portant une attention particulière aux questions suivantes :

    • 2.1. Quelles sont la nature et la qualité des données probantes publiées sur des approches globales de gestion de l’invalidité de longue durée?
    • 2.2. Quelles sont les meilleures pratiques pour la gestion de l’invalidité de longue durée?
    • 2.3. Quels sont les avantages économiques de la gestion globale de l’invalidité de longue durée?

Méthodologie:

  1. L’exercice portait sur un examen critique rapide d’avis d’experts et de preuves scientifiques publiées. L’examen a été effectué par un médrcin conseiller médical auprès de la Direction de la recherche d’ACC, qui n’est pas un spécialiste de la réadaptation, et une économiste de la santé de la Direction de la recherche d’ACC. La recherche documentaire a été effectuée de façon opportuniste et partiellement systématique. Les données médicales, scientifiques et économiques provenaient notamment d’examens de documents publiés révisés par des pairs, de documents non publiés en utilisant une méthodologie normalisée d’examen documentaire critique, ainsi que des avis d’experts publiés ou non ayant fait l’unanimité. Des catégories relatives à la qualité des preuves ont été établies aux fins de limites, et la synthèse était narrative. Une ébauche a été vérifiée par des pairs à ACC et par des experts externes.

Définitions:

  1. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ».
  2. L’OMS définit les déterminants de la santé comme « l’éventail des facteurs personnels, sociaux, économiques et environnementaux qui déterminent l’état de santé des individus ou des populations ».
  3. L’invalidité peut s’entendre des incidences d’une déficience mentale ou physique sur le fonctionnement d’une personne, notamment celles qui découlent d’obstacles sociaux ou environnementaux.
  4. La gestion de l’invalidité s’entend normalement du type de programmes que les employeurs mettent en place pour favoriser des résultats rentables relatifs au retour au travail. La notion de gestion de l’invalidité s’entend aussi, dans un sens social plus large, de l’aide apportée aux personnes handicapées tout au long de la vie, ce qui se rapproche davantage du mandat d’ACC concernant les vétérans et les anciens combattants. La plupart des données probantes accumulées portent sur le premier sens de la gestion de l’invalidité et non sur le sens plus large.
  5. La gestion hâtive et globale de l’invalidité est une approche d’intervention en matière d’invalidité qui : 1) est adoptée peu de temps après que survient la déficience physique ou mentale; 2) vise à optimiser le traitement de la déficience physique ou mentale de façon à prévenir une déficience prolongée ou à en minimiser le risque; 3) élimine ou réduit les obstacles sociaux, environnementaux et physiques qui empêchent de mener une vie active; 4) fait appel à un gestionnaire de cas pour la coordination des soins; et 5) améliore la capacité de la personne à prendre en charge son invalidité et son fonctionnement sur le plan des activités de la vie quotidienne, des rôles sociaux et familiaux, du travail et des loisirs, et de la participation à la communauté. Les services de personnes occupant des professions variées sont retenus au besoin, notamment des médecins, des infirmières, des physiothérapeutes, des psychologues, des ergothérapeutes, des travailleurs sociaux et des spécialistes en réadaptation professionnelle.

L’invalidité peut s’entendre des incidences d’une déficience mentale ou physique sur le fonctionnement d’une
personne, notamment celles qui découlent de obstacles sociaux ou environnementaux.

La gestion hâtive et globale de l’invalidité est une approche d’intervention en matière d’invalidité qui :

  • (1) est adoptée peu de temps après que
    survient la déficience physique ou mentale;
  • (2) fait appel à un gestionnaire de cas pour la coodination des soins;
  • (3) vise à optimiser le traitement de la déficience physique ou mentale de façon à prévenir une déficience prolongée ou à en minimiser le risque;
  • (4) élimine ou réduit les obstacles sociaux, environnementaux et physiques qui empêchent de mener une vie active;
  • (5) améliore la capacité de la personne à prendre en charge son invalidité et son fonctionnement sur le plan des activités de la vie quotidienne, des rôles sociaux et familiaux, du travail et des loisirs, et de la participation à la communauté.

Quelles sont la nature et la qualité des données probantes publiées sur des approches globales de gestion de l’invalidité de longue durée?

  1. La littérature médicale et scientifique traitant des approches en matière de gestion de l’invalidité est vaste et complexe. Les données probantes publiées sont fragmentées et hétérogènes, et reflètent la nature profondément variée de l’invalidité humaine et le vaste éventail d’approches pour aider les personnes ayant une déficience physique ou mentale. En raison de cette hétérogénéité, il est difficile d’étudier la gestion de l’invalidité et de dégager des conclusions à partir des données probantes publiées. La plupart des données probantes disponibles sont tirées d’avis d’experts. Pour de nombreux aspects de la gestion de l’invalidité, le niveau de preuves scientifiques le plus élevé pour ce qui est de l’efficacité et de la sûreté cliniques des approches particulières en matière de gestion de l’invalidité accusent un retard par rapport aux avis d’experts, ce qui correspond à un niveau de preuve moins élevé, à moins que les avis d’experts soient étayés par un niveau de preuves scientifiques plus élevé.
  1. Le nombre d’études publiées sur l’évaluation économique des diverses approches reposant sur une gestion hâtive et globale de l’invalidité est restreint. Au nombre des limites, mentionnons : le petit nombre d’études de qualité élevée, une certaine incertitude quant à leur pertinence pour le Canada, l’accent mis sur un éventail restreint de types de problèmes de santé physique et mentale; et, en particulier, la prise en compte d’une perspective qui se limite aux indemnités pour accidents du travail visant les employés civils et non d’une perspective sociétale. Des recherches sont en cours au Canada dans ce domaine complexe.

Il se dégage un vaste consensus de la part des experts multidisciplinaires internationaux en faveur des approches reposant sur une gestion hâtive et globale de l’invalidité.

  1. Il se dégage un vaste consensus de la part des experts multidisciplinaires internationaux en faveur des approches reposant sur une gestion hâtive et globale de l’invalidité. À bien des aspects, la qualité, la quantité et la constance des preuves scientifiques variaient fortement, allant d’acceptables à solides pour certains problèmes et certaines approches, et de limitées à insuffisantes pour certains autres. Les personnes handicapées et leurs contextes sociaux sont tellement hétérogènes qu’il est difficile de concevoir et de réaliser des projets de recherche pour vérifier l’efficacité d’approches particulières en matière de gestion de l’invalidité et évaluer les risques qui y sont associés. Il faudra du temps avant que la recherche ne rattrape les avis d’experts.
  2. Certains avis d’experts concernant l’efficacité de la gestion globale de l’invalidité semblent provenir d’organismes privés à but lucratif ayant un intérêt direct. Les conflits d'intérêts potentiels et les opinions dissidentes n’étaient pas clairement indiqués dans la plupart des rapports.
  3. Ce sont les organismes d’indemnisation des accidents du travail, les compagnies d’assurance-invalidité et certains organismes gouvernementaux versant des indemnités d’invalidité qui ont effectué les travaux les plus pertinents sur la gestion globale de l’invalidité. La plupart des recherches étaient axées sur des approches visant à permette aux travailleurs malades ou blessés de retourner dans le même lieu de travail le plus rapidement possible.
  4. Toutes les recherches et tous les avis d’experts publiés que nous avons examinés portaient sur les populations civiles. Des problèmes particuliers se posent lorsque les Forces canadiennes (FC) sont l’employeur. Quoiqu’il existe certaines similitudes entre les travailleurs civils et les membres actifs des FC blessés ou malades, le contexte militaire peut donner lieu à d’importantes différences. Les Forces canadiennes exigent de leurs membres qu’ils soient en excellente forme physique et mentale pour répondre à leurs exigences opérationnelles. À la différence des travailleurs civils, les militaires pourraient par conséquent devoir quitter les Forces et se chercher un nouvel emploi sur le marché du travail civil lorsqu’ils ont des handicaps relativement mineurs qui ne les empêcheraient pas nécessairement de travailler pour un employeur civil. Même si un grand nombre des invalidités que l’on retrouve au sein de la population existent également chez les militaires, l’éventail des invalidités est probablement différent dans les Forces canadiennes.
  5. Il y a des facteurs particuliers à prendre en considération lorsque les Forces canadiennes sont l’employeur. Les militaires ayant des incapacités physiques et mentales relativement mineures peuvent être libérés pour des raisons médicales lorsque ces invalidités les empêchent de répondre aux critères relatifs à l’état de préparation opérationnelle. Les programmes de retour au travail des employés civils peuvent assumer que l’employé retournera à l’emploi du même employeur. Cet objectif en matière d’emploi peut cependant ne pas être réaliste dans le cas des militaires des Forces canadiennes. Lorsque la libération est imminente, le militaire doit s’occuper de se trouver un nouvel emploi dans la vie civile. En raison des impératifs opérationnels, il pourrait s’avérer difficile pour les Forces canadiennes d’assurer une gestion hâtive et globale de l’invalidité avant la libération du militaire. Après la libération, les forces miliaires ne sont pas en position de participer directement à la gestion de l’invalidité, puisque ce rôle relève du mandat d’organismes civils, dont Anciens Combattants Canada. Ces questions et d’autres enjeux uniques au milieu du travail nécessitent une solution spéciale pour les Forces canadiennes lorsque des militaires ayant des invalidités sont concernés.

Il importe de tenir compte du contexte militaire des invalidités des militaires et vétérans des Forces canadiennes.

  1. À notre avis, il importe de tenir compte du contexte militaire sur le plan de la gestion de l’invalidité. Il y a des écarts démographiques entre les membres des FC et les travailleurs civils canadiens. Même si bon nombre des expositions professionnelles sont les mêmes pour les militaires et les travailleurs civils, il reste que certaines expositions sont uniques au service militaire et peuvent donner lieu à des profils uniques pour ce qui est des problèmes de santé physique et mentale potentiellement invalidants. Les aspects sociaux et environnementaux de l’invalidité peuvent avoir des racines militaires uniques, dans le cas par exemple des conséquences pour les familles du stress qui se manifeste durant la transition de la vie militaire à la vie civile.
  2. À l’évidence, il semble être largement accepté que la gestion hâtive et globale de l’invalidité est une approche efficace qu’il vaut la peine d’examiner de plus près sur le plan des politiques et de la recherche.

Quelles sont les pratiques exemplaires de la gestion globale de l’invalidité?

  1. La gestion globale de l’invalidité comprend les éléments suivants :
  • 18.1. Intervention hâtive. Une déficience temporaire ou une invalidité de courte durée peut devenir une déficience ou une invalidité de longue durée ou permanente. L’intervention globale devrait commencer tôt et s’intensifier graduellement à mesure que la durée de l’absence du travail se prolonge. « Hâtive » veut dire plus ou moins de un à six mois après le début de la période d’absence.

Caractéristiques de la gestion globale de l’invalidité :

  • gestion de cas;
  • traitement des affections physiques et mentales contribuant à
    l’invalidité;
  • adaptation mentale et émotionnelle;
  • réduction des obstacles sociaux;
  • réduction des obstacles physiques et environnementaux;
  • interventions en matière d’emploi.
  • 18.2. Approche personnalisée selon un modèle de soins échelonnés.
  • 18.3. Participation de la personne ayant une invalidité à la détermination des objectifs à atteindre.
  • 18.4. Gestion de cas assurée par des gestionnaires de cas formés et qualifiés. Une intervention de gestion de cas globale multidisciplinaire permet de diminuer la probabilité q’une blessure ou une maladie qui en est au stade aigu devienne une invalidité de courte, de moyenne ou de longue durée, tout en augmentant la probabilité que les résultats relatifs à l’invalidité pour la personne soient optimiser. La gestion de l’invalidité semble fonctionner le mieux lorsqu’un gestionnaire de cas peut aider l’employé, l’employeur et les fournisseurs de soins de santé à travailler ensemble, à toutes les étapes de l’invalidité. La coordination est un élément essentiel.
  • 18.5. Traitement des problèmes de santé physique et mentale qui contribuent à l’invalidité.
  • 18.6. Intervention tenant compte du contexte social et environnemental de la personne au travail, à la maison ou dans la collectivité, afin de réduire les obstacles à la participation.
  • 18.7. Réadaptation professionnelle en vue de faciliter l’emploi.

Dans le cadre de la gestion de, l’invalidité, l’emploi est un objectif principal, mais on s’entend de plus en plus pour favoriser l’objectif plus large visant à favoriser au maximum le rétablissement de la santé, de l’autonomie et de la participation à la vie d’une personne.

  1. En se fondant sur l’intensité variable des preuves scientifiques et sur le vaste consensus de la part des experts multidisciplinaires internationaux, les pratiques exemplaires en matière de gestion de l’invalidité sont les suivantes1 :
  • 19.1. Tous les organismes et employeurs devraient jouer un rôle en vue de réduire et de prévenir les invalidités au cours de la vie. Le problème ne peut être réglé par des organismes ou des employeurs qui travaillent en vase clos ou qui fournissent simplement l’accès à des services de réadaptation en fonction des missions ou des objectifs restreints de l’organisme, comme les opérations à but lucratif ou les opérations militaires.
  • 19.2. La prévention primaire en ce qui concerne une blessure ou maladie physique ou mentale est un premier pas essentiel en vue de réduire l’incidence et les taux de prévalence de l’invalidité.
  • 19.3. La gestion optimale de l’invalidité est assurée tout au long d’un continuum qui commence dès l’apparition de la maladie ou dès que survient la blessure.
  • 19.4. Poser le bon diagnostic et prescrire le traitement approprié au cours de la phase aiguë de la maladie ou de la blessure peut atténuer les effets indésirables pouvant mener à une invalidité de courte ou de longue durée. Le processus de gestion de l’invalidité débute dès le premier contact avec le système de soins de santé.

1 Les catégories des preuves classées selon leur poids ne sont pas fournies dans le cadre de ces recommandations parce qu’il faudrait à une équipe multidisciplinaire bien financée au moins plusieurs mois pour acquérir, classer et synthétiser les preuves selon une méthode d’examen critique. En général, la plupart des preuves pour ces énoncés sont des avis consensuels d’experts fondés sur une information anecdotique, sur l’expérience de l’expert, sur des déductions tirées de statistiques démographiques et sur des études de recherche évaluées par les pairs plutôt limitées.

  • 19.5. L’absence du travail en raison d’une maladie ou d’une blessure est un important signal d’alerte de risque d’invalidité. Plus la durée de l’absence se prolonge, plus le risque de symptômes persistants entraînant l’invalidité augmente. Une période d’absence du travail qui se prolonge est une indication qu’il faut augmenter l’intensité des services de réadaptation pour le traitement de l’invalidité.
  • 19.6. On privilégie l’approche reposant sur la gestion globale de l’invalidité par rapport à des approches moins structurées qui ne prévoient pas l’intégration de fournisseurs ayant une formation spécialisée dans le domaine de la réadaptation.
  • 19.7. Il importe d’assurer une bonne communication entre les divers fournisseurs, la famille et les dispensateurs de soins.
  • 19.8. L’emploi est une thérapie, un des principaux résultats visés, et constitue un déterminant clé de la santé. Cependant, ce n’est pas le seul but visé. Le but ultime de la gestion de l’invalidité est d’optimiser le niveau fonctionnel, l’autonomie et la participation à la vie, tant au travail que dans les loisirs et au sein de la famille et dans la collectivité.
  1. Il est temps de cesser d’utiliser une terminologie péjorative comme le « modèle médical » et des termes vagues comme « holisitique ». Le défi consiste maintenant à déterminer le type de terminologie précise et objective et les cadres à utiliser pour régler les problèmes complexes en matière de gestion de l’invalidité. Les professionnels de la santé ont tous un rôle à jouer à toutes les étapes de la gestion de l’invalidité, sous la direction de spécialistes en réadaptation, au besoin.

Quel est le bien-fondé économique de la gestion globale de l’invalidité de longue durée?

Il existe de solides preuves économiques à l’effet qu’une approche globale pour certains problèmes de santé est plus rentable que l’approche traditionnelle en matière de soins pour favoriser le retour au travail.

  1. Il existe de solides preuves économiques à l’effet qu’une approche globale en matière de gestion des affections musculosquelettiques visant à améliorer les résultats relatifs au milieu de travail est plus rentable que l’approche traditionnelle en matière de soins. Les données probantes sur le plan économique se limitent en grande partie aux troubles musculosquelettiques, avec un point de vue limité, c.-à-d. portant surtout sur les assureurs et le retour au travail, par opposition à une mesure des résultats autres que le retour au travail selon une perspective sociétale.

Recommandations en vue de recherches ultérieures

  1. Il existe un besoin urgent d’effectuer des recherches sur l’invalidité qui porteraient sur trois fronts :
  • 22.1. Recherche primaire sur l’efficacité et la sûreté cliniques de diverses approches reposant sur une gestion hâtive et globale de l’invalidité.
  • 22.2. Recherche primaire réalisée en vue d’évaluer d’un point de vue économique les interventions et les approches relatives à l’invalidité, plus particulièrement au chapitre des problèmes de santé mentale.
  • 22.3. Examen critique officiel des données probantes existantes.
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