Le raid sur Dieppe

Convoi de péniches de débarquement en route vers Dieppe pour l'opération <em>Jubilee</em>

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L’histoire du Canada en temps de guerre est ponctuée de grandes victoires, mais aussi de sévères défaites. Le raid sur Dieppe pendant la Seconde Guerre mondiale est l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire militaire de notre pays, mais il a mis en évidence l’énorme courage de ceux qui y ont participé et nous a permis de tirer d’importantes leçons.

La « Forteresse de l'Europe »

À l’été 1942, la Seconde Guerre mondiale perdure depuis déjà près de trois ans et la situation est sombre. L’Allemagne nazie poursuit son avancée dans l’est de l’Union soviétique, les forces ennemies avancent dans l’Afrique du Nord et des sous-marins allemands font de l’Atlantique un lieu extrêmement dangereux pour la marine marchande des Alliés. Les îles britanniques sont le seul territoire allié libre depuis l’invasion et l’occupation de la majeure partie de l’Europe de l’Ouest par les Allemands, en 1940. La côte ouest du continent est envahie de troupes ennemies, de mitrailleuses, d’artillerie, de barbelés, de casemates et le large est parsemé d’obstacles. La région se transforme en véritable « Forteresse de l’Europe ».

Pourquoi un raid à Dieppe?

En 1942, plusieurs facteurs ont contribué à la décision de lancer un raid majeur dans l’Europe occupée. L’Union soviétique presse les forces alliées à ouvrir un deuxième front en Europe de l’Ouest, mais les Alliés nécessitent plus de temps pour rassembler leurs ressources militaires avant de déployer de tels efforts. On croit cependant qu’un raid majeur sur la côte française pourrait forcer les Allemands à retirer plus de ressources militaires de l’Union soviétique et aider à planifier l’éventuel assaut à grande échelle que souhaitent lancer les Alliés.

Les soldats canadiens s’entraînent depuis le début de la guerre, en 1939, et n’ont encore participé à aucune opération importante, à l’exception de la bataille de Hong Kong. En plus de l’impatience au sein même de l’armée, des pressions politiques sont exercées au Canada pour que les Canadiens participent enfin à la bataille.

Dieppe est une ville de villégiature située au creux d’une falaise, sur la côte nord-ouest de la France. Elle est choisie comme cible principale du raid en partie parce qu’elle se trouve à la portée des avions de chasse britanniques. Le plan des Alliés est de tenter un débarquement amphibie à grande échelle, d’endommager les installations d’expédition et les installations portuaires ennemies et de collecter des renseignements sur la technologie radar et les défenses allemandes. Des recherches récentes semblent indiquer que le désir de mettre la main sur une machine à chiffrer Enigma ultra secrète et les carnets de codes qui l’accompagnent fut également un facteur déterminant dans la décision de lancer ce raid.

Opération Jubilee

Lors du raid sur Dieppe, aussi connu sous le nom d’opération Jubilee, plus de 6 000 hommes débarquent en cinq points différents le long des 16 kilomètres de côte âprement défendus par les Allemands. Quatre des attaques doivent avoir lieu juste avant l’aube, à l’est et à l’ouest de Dieppe, suivies de l’attaque principale de la ville de Dieppe, une demi-heure plus tard. Les troupes sont formées de Canadiens (près de 5 000), environ 1 000 commandos britanniques et 50 Rangers de l’armée américaine.

La mission tourne rapidement très mal pour la force de débarquement qui avance vers le flanc est. Elle rencontre un petit convoi allemand et est forcée d’engager le combat qui alertera l’ennemi. Les soldats qui s’avancent vers Berneval et Puys rencontrent alors des tirs nourris et c’est là que sont enregistrées certaines des plus lourdes pertes des Alliés.

Sur le flanc occidental, certains objectifs sont atteints et les batteries de tir ennemies à Varengeville sont détruites. À Pourville, le South Saskatchewan Regiment et les Queen's Own Cameron Highlanders débarquent et avancent en direction de leurs objectifs. La résistance allemande s’intensifiant, ils doivent cependant reculer et accusent de lourdes pertes.

La force principale qui se dirige vers Dieppe accuse du retard et débarque au lever du jour. Les troupes allemandes désormais alertées du raid atteignent d’un feu nourri de nombreux Canadiens qui s’avancent vers eux en s’extirpant de la mer. Malgré cela, bon nombre de nos soldats réussissent avec peine à traverser la plage de galets jusqu’à la digue offrant une protection relative. Or ce sont ces mêmes galets et cette même digue qui rendent l’accès à la plage difficile pour les chars d’assaut alliés, alors que les tirs nourris des Allemands empêchent les ingénieurs de dégager la voie pour faire avancer les chars vers la ville.

Des petits groupes du Royal Hamilton Light Infantry et de l'Essex Scottish Regiment réussissent à se frayer un chemin à travers les rues de Dieppe sous une pluie de balles. Il apparaît clairement, cependant, que l’on ne peut poursuivre le raid et on commence dès lors à battre en retraite. Tenter d’évacuer tout le monde risque d’entraîner la destruction des forces navales alliées. Faisant preuve d’un immense courage, on récupère de nombreux hommes sur la plage sous des tirs nourris, mais, au début de l’après-midi, le dernier navire quitte les lieux et les Canadiens toujours sur place sont dans une situation sans issue et doivent se rendre. Le raid prend fin.

Héroïsme

Des soldats prêts  pour le débarquement lors du raid sur Dieppe.

De nombreux actes de bravoure ont lieu durant le raid sur Dieppe et deux Canadiens recevront la Croix de Victoria, la décoration militaire la plus distinguée au pays pour un acte de bravoure. Le lieutenant-colonel Cecil Merritt reçoit la médaille pour avoir courageusement fait traverser la rivière Scie, à Pourville, à ses hommes du South Saskatchewan Regiment, et ce, malgré la forte résistance ennemie. Ne pouvant aller plus loin, il dirige ensuite une périlleuse retraite, grâce à laquelle la majorité des hommes réussissent à évacuer vers la Grande-Bretagne. Le lieutenant-colonel est lui-même capturé et restera prisonnier de guerre jusqu’à la fin des hostilités.

Le capitaine honoraire John W. Foote, l’aumônier du Royal Hamilton Light Infantry, reçoit lui aussi la Croix de Victoria. Durant huit heures, il affronte avec courage et sans interruption les tirs ennemis sur la plage de Dieppe afin de transporter les blessés jusqu’à des postes de secours. Puis, alors que sa propre péniche de débarquement s’apprête à quitter les lieux, il demeure volontairement sur place pour être capturé et ainsi pouvoir offrir son ministère aux nombreux hommes qui allaient être faits prisonniers.

Leçons apprises

L’année 1942 est l’une des périodes les plus sombres de la Seconde Guerre mondiale, mais le fait que les Alliés débarquent dans la France occupée redonne un peu d’espoir aux Français. Le raid sur Dieppe est pour eux le signe qu’on ne les a pas oubliés.

Même si les pertes sont considérables et que la majorité des objectifs du raid ne sont pas atteints, bon nombre d’historiens croient que les leçons apprises ce jour-là joueront un rôle déterminant dans la réussite d’actions subséquentes. Par exemple, les leçons apprises à Dieppe et lors d’attaques ultérieures sur les plages contribuent à l’amélioration des techniques de débarquement amphibie des Alliés. Si le prix à payer pour cet apprentissage est élevé, il n’en demeure pas moins qu’il permet fort probablement de sauver de nombreuses vies sur les plages de Normandie lorsque les Alliés retournent sur les côtes d’Europe de l’Ouest pour y rester, lors du jour J, le 6 juin 1944.

Sacrifices

Soldats canadiens capturés à Dieppe.

Les hommes qui participent au raid sur Dieppe le paient chèrement. Des 4 963 Canadiens qui s’embarquent pour la mission, environ 2 200 regagneront l’Angleterre, bon nombre d’entre eux blessés. Les pertes s’élèvent à plus de 3 350 Canadiens, dont 916 ayant perdu la vie lors du raid, et près de 1 950 prisonniers de guerre. Deux cent dix Britanniques et Américains perdent également la vie.

Les hommes capturés subissent de très mauvais traitements dans les camps de prisonniers de guerre et la plupart d’entre eux resteront en captivité durant plus de deux ans et demi. Alors que la fin de la guerre approche, de nombreux prisonniers se voient imposer des marches forcées au coeur de l’hiver, car les Allemands ont donné l’ordre de vider les camps de prisonniers afin de les éloigner des armées alliées qui s’avancent pour les libérer.

Le raid sur Dieppe est aussi lourd de conséquences pour les navires et les aéronefs qui y participent. Le 19 août 1942 sera le pire jour en ce qui a trait aux pertes d’aéronefs alliés durant la Seconde Guerre mondiale; 119 d’entre eux sont abattus en plein vol alors qu’ils tentent de protéger ceux qui participent au débarquement.

Héritage

Les Canadiens qui ont combattu durant le raid sur Dieppe faisaient partie des citoyens de notre pays, plus d’un million au total, qui ont porté l’uniforme durant la Seconde Guerre mondiale. Les efforts de tous ces braves Canadiens ont aidé à éventuellement assurer la victoire des Alliés. Les sacrifices et les exploits de ceux et celles qui ont tant donné pour rétablir la paix et la liberté dans le monde ne seront jamais oubliés.

Le Canada se souvient

Le programme Le Canada se souvient d’Anciens Combattants Canada incite tous les Canadiens et les Canadiennes à se renseigner sur les sacrifices et les réalisations de tous ceux et celles qui ont servi et qui continuent de servir leur pays en temps de guerre et de paix. Il invite aussi les citoyens à prendre part aux activités commémoratives qui aident à préserver l’héritage qu’ils nous ont légué et à le transmettre aux générations à venir.

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