Le Newfoundland Regiment et la bataille de Beaumont-Hamel

Introduction

Des soldats de Terre-Neuve dans la tranchée

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Nombre de Canadiens associent principalement le 1er juillet à la fête du Canada. Pourtant, cette date a une autre signification plus solennelle à Terre-Neuve et au Labrador. On y célèbre le Memorial Day et ce jour marque l'anniversaire de la bataille qui se déroula à Beaumont-Hamel pendant la Première Guerre mondiale.

Terre-Neuve en guerre

À l'époque de la Première Guerre mondiale (1914-1918), Terre-Neuve était un dominion de l'Empire britannique et ne faisait pas encore partie du Canada. Lorsque la Grande-Bretagne déclara la guerre, en août 1914, Terre-Neuve – à l'instar du Canada – entra automatiquement en guerre. La population de Terre-Neuve répondit à l'appel dans un élan de patriotisme et nombreux furent ceux qui se précipitèrent pour s'enrôler. À l'époque, la population totale de Terre-Neuve comptait environ 240 000 habitants. Pourtant, plus de 12 000 Terre-Neuviens s'enrôlèrent pendant la guerre.

Le Newfoundland Regiment vit rapidement le jour et les recrues suivirent un entraînement à la hâte. Les premières recrues furent affectées outre-mer en octobre 1914 et servirent en tant qu'unité au sein de l'Armée britannique. On les surnomma les « Blue Puttees » à cause de la couleur des jambières de leur uniforme.

Le régiment de Terre-Neuviens prit part à la campagne de Gallipoli, en Turquie, de septembre 1915 à janvier 1916. Au printemps 1916, il fut affecté sur le front occidental, en France.

Front occidental en 1916

Après les batailles qui marquèrent l'ouverture des hostilités, en 1914, la Première Guerre mondiale se transforma rapidement en une guerre de tranchées en Europe de l'Ouest. Les armées ennemies étaient retranchées, l'une en face de l'autre, dans une série de tranchées complexes situées de chaque côté du « No Man's Land », une zone criblée par les bombardements et défendues par des sentinelles, des barbelés et des fusils. L'artillerie, les tireurs d'élite, les grenades, les mines, les mitrailleuses et la maladie y firent de nombreuses victimes.

Les généraux ne voyaient qu'un moyen de mettre un terme à cette guerre sans issue – attaquer brutalement de front, sous le feu nourri de l'ennemi, afin de percer ses lignes de défense. En 1916, les Alliés convinrent de déclencher la « Grande offensive » à la Somme au cours d'un assaut qui serait mené conjointement par les Français et les Britanniques. C'est à ce moment que le Newfoundland Regiment entra dans l'action, le premier jour de la bataille de la Somme, près du village de Beaumont-Hamel, dans le Nord de la France.

Bataille de Beaumont-Hamel

Du barbelé et de la vase

Le 1er juillet, à 7 h 30 du matin, des milliers de Britanniques et de Français commencèrent à avancer à travers le « No Man's Land », en plein jour, vers les positions allemandes. La bataille de la Somme devint une véritable boucherie – plus de 57 000 soldats britanniques et du Commonwealth furent tués, blessés ou portés manquants – et l'armée britannique subit les pertes les plus importantes de son histoire au cours d'une seule journée de combat.

À Beaumont-Hamel, le Newfoundland Regiment devait prendre part à une attaque surprise sur le front, mais les Allemands savaient ce qui se préparait. Les opérations initiales de bombardement des Alliés avaient en outre échoué dans leur tentative d'endommager la plupart des lignes de défense allemandes.

En raison du nombre incroyable de soldats qui prirent part aux attaques ce jour-là, et des nombreux cadavres et blessés qui bloquaient les tranchées frontales, les Terre-Neuviens – qui étaient affectés à la 29e Division britannique – passèrent à l'offensive à environ 9 h 15, en empruntant une tranchée de soutien appelée « St. John's Road », qui se trouvait en fait derrière la ligne de front. Il leur fallut ainsi traverser plus de 200 mètres avant même d'atteindre la ligne de front des Alliés. Une fois rendus aux limites du « No Man's Land », ils durent se frayer un chemin dans les ouvertures des barbelés pour pouvoir se rendre jusqu'aux tranchées ennemies, qui se trouvaient à plus de 500 mètres.

À mi-chemin en descendant la pente, un arbre isolé marquait une zone où le feu de l'ennemi était particulièrement intense. Les Terre-Neuviens l'avaient d'ailleurs surnommé « l'arbre du danger » et nombre d'entre eux tombèrent au combat à cet endroit, ce matin-là. Lorsqu'ils avançaient sous le feu des mitrailleuses et de l'artillerie, on dit qu'ils étaient nombreux à foncer, le menton rentré, comme s'ils marchaient dans un blizzard. Le Newfoundland Regiment fut ainsi presque entièrement décimé en moins d'une demi-heure par l’intense feu allemand.

Le 1er juillet marqua le premier jour de plus de quatre mois de violents combats durant la bataille de la Somme, une campagne à laquelle le Canada participa activement. En bout de ligne, plus de 650 000 soldats alliés furent tués, blessés, portés disparus ou faits prisonniers. Les Alliés et les Allemands subirent de lourdes pertes, soit quelque 200 000 soldats morts dans chaque camp. Le prix à payer pour permettre aux Alliés d'avancer à peine d'environ 10 kilomètres sur la ligne de front fut incroyable.

Sacrifices

Le 1er juillet 1916, le Newfoundland Regiment subit des pertes ahurissantes à Beaumont-Hamel. À peine 68 des quelque 800 Terre-Neuviens qui donnèrent l'assaut ce matin-là furent en mesure de répondre à l'appel le lendemain, les pertes s’élevant à plus de 700 soldats tués, blessés ou portés disparus. Parmi ces morts, on comptait 14 fratries, y compris 4 lieutenants de la famille Ayre, de St. John's.

Mais le sacrifice des Terre-Neuviens ne passa pas inaperçu sur les lignes de front. Le commandant de la 29e Division britannique qualifia ainsi les efforts déployés par le Newfoundland Regiment, ce matin de juillet :

« Ce fut un magnifique exemple de vaillance exercée et disciplinée, et son offensive a échoué parce que des hommes morts ne peuvent plus avancer. »

Le Newfoundland Regiment fut presque entièrement anéanti, mais les survivants continuèrent néanmoins le combat et on appela des renforts pour reformer le régiment. La Couronne britannique attribua par la suite la désignation officielle « Royal » au Newfoundland Regiment en reconnaissance de ses actes de bravoure lors des batailles à Ypres et à Cambrai. Il s'agit d'ailleurs de la seule unité de l'Armée britannique à avoir mérité cette distinction pendant la guerre. À la fin de la guerre, plus de 6 200 Terre-Neuviens avaient servi dans les rangs du Newfoundland Regiment; plus de 1 300 d’entre eux étaient morts et 2 500 autres avaient été blessés ou faits prisonniers.. La perte de tant de jeunes vies, combinée aux nombreux blessés, invalides et malades qui rentrèrent à Terre-Neuve après la guerre, eut un impact important sur le dominion pendant de nombreuses années.

Héritage

Le caribou de bronze

Les sacrifices incroyables qui furent consentis par les hommes du Newfoundland Regiment, à Beaumont-Hamel, ont marqué la population de Terre-Neuve et du Labrador à jamais et, le 1er juillet, les citoyens de la province se réunissent pour rendre hommage à ceux qui ont tant donné pour aider à préserver la paix et la liberté dont nous jouissons aujourd'hui.

En France, le Mémorial terre-neuvien à Beaumont-Hamel, l'un des plus imposants mémoriaux de la Première Guerre mondiale en Europe, commémore tous les membres du dominion qui ont sacrifié leur vie pendant la Première Guerre mondiale. Le site est l'un des rares endroits où il est possible de voir un champ de bataille de la Grande Guerre dans son état original avec ses cratères d'obus et ses tranchées. Le squelette tordu de « l'arbre du danger » a lui aussi été préservé et marque l'endroit où tant de Terre-Neuviens sont tombés en ce matin tragique. Il témoigne en permanence de leurs actes de courage exceptionnels et du sacrifice qu'ils consentirent ce jour-là. Le grand caribou de bronze, emblème du Royal Newfoundland Regiment, se dresse sur le point le plus élevé qui surplombe l'ancien champ de bataille. Au pied du monument, se trouvent trois plaques de bronze où sont inscrits les noms des plus de 800 Terre-Neuviens tombés au champ d'honneur et dont le lieu de sépulture est inconnu.

Programme Le Canada se souvient

Le programme Le Canada se souvient, d’Anciens Combattants Canada incite tous les Canadiens et les Canadiennes à se renseigner sur les sacrifices et les réalisations de tous ceux et celles qui ont servi et qui continuent de servir leur pays en temps de guerre et en temps de paix. Il invite aussi les citoyens à prendre part aux activités commémoratives qui aident à préserver l’héritage qu’ils nous ont légué et à le transmettre aux générations à venir.

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